Bilan des variétés de peuplier en Picardie

 


Par Ing. G. Cousseau, P. Poliautre et S. Colasse

 

Dans le cadre du programme européen Interreg III – projet Transpop

"Dynamisation de la populiculture transfrontalière"

 

Avec le soutien du F.E.D.E.R.

Introduction

 

Les dépérissements massifs du peuplier Beaupré (et de façon plus générale les variétés d’interaméricains) provoqués par l’arrivée des nouvelles races (E4 et E5) de rouille, en 1996, ont profondément remis en cause la populiculture. Suite à l’hégémonie du beaupré, les organismes de recherche ont poursuivi leurs efforts pour répondre à la pénurie de variétés de peuplier. Depuis cette date, le panel variétal s’est progressivement enrichi de nouveaux cultivars. Face à cette diversité, le présent article fait le point sur les principales caractéristiques des cultivars aujourd’hui commercialisés. Cette synthèse repose sur les résultats obtenus au travers du réseau d’expérimentation peuplier national, piloté par l’IDF et les CRPF et de son prolongement belge via Interreg III ‘Transpop’.

 

Nous rappelons que la Picardie reste encore à ce jour la première région populicole française. Néanmoins, il est urgent de relancer la production régionale de peuplier basée sur des pratiques saines et durables. En effet, les études prospectives nous montrent une diminution très nette du volume de bois de peuplier mobilisable durant les prochaines années (-30 à – 50% de bois mobilisable suivant les scénarii).

Il est aussi important de rappeler que l’avenir d’une peupleraie (sa croissance, sa vigueur et sa sensibilité aux maladies) dépend, en grande partie, des propriétés du sol. La description du sol avant plantation permettant de choisir les variétés de peuplier les mieux adaptées à ses caractéristiques. C’est un préalable fondamental.

 

Les groupes de cultivars

 

Les variétés actuellement sur le marché sont issues de programme de recherche travaillant sur l’hybridation de peupliers provenant de différents continents. On distingue les Euraméricains résultant du croisement entre des peupliers du continent européen et américain (P. nigra x P. deltoïdes). C’est aujourd’hui le groupe le plus représenté : la plupart des nouvelles variétés appartiennent à ce groupe. Les Interaméricains (P. trichocarpa x P. deltoïdes), quant à eux, ont dominé le marché durant les années 1990 en raison de leur croissance, leur forme, leur bois, leur valeur marchande… . La rouille a rendu impossible leurs utilisations sauf pour le Raspalje et surtout le Grimminge. Les trichocarpas issus de l’Amérique du nord déjà connus il y a vingt ans présentent un regain d’intérêt depuis que la filière transformatrice s’est adaptée à leurs qualités de bois et sont de plus en plus utilisés. Ce sont de cultivars performants essentiellement adaptés aux "ambiances forestières".  Enfin, commercialisé en Belgique dès cette année un nouveaux groupe d’hybride apparaît : les TxM (P. trichocarpa x P. maximowiczii) qui se révèle à l’instar des trichocarpas être des peupliers plus forestiers.

 

Voici ci-dessous le panel variétal actuel.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Enoncé de l’exercice :

Chaque couleur correspond à une variété de peuplier. Sur une même commune, deux propriétaires disposent de la même surface de peuplier. Le propriétaire "A" a privilégié l’installation de la variété la plus performante sur une grande partie de la surface. Le propriétaire "B" a, quant à lui, installé de nombreuses variétés de peuplier sur sa propriété. D’après vous, quelle est la propriété la plus vulnérable face à une maladie ou autres parasites ?

 

 

 

 

 

 



Réponse : En cas d’attaques d’un pathogène, la propriétaire B est moins vulnérable.

 

Ce petit exercice, très simple, démontre la nécessité de DIVERSIFIER ; c'est-à-dire de « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! ». Il faut veiller à ne pas céder à la mode du moment imposant le choix d’une variété comme une évidence.

 

Diversification

L’histoire populicole régionale nous impose une réflexion sur nos pratiques populicoles actuelles et futures. Dans les années 50, le célèbre "Robusta" fut condamné par les attaques répétées de Marsoninna et de Dotichiza. Puis, quelques années après, durant les années 1970, le "I214" fut à son tour remis en cause par le champignon Marsonnina. La rouille du Beaupré est venue clore ces cinquante années d’histoire populicole. A chaque fois, ces crises sanitaires trouvent leur origine dans la monoculture : une seule variété de peuplier domine partout. Un écosystème est d’autant plus robuste et stable dans le temps qu’il est complexe :

 

Aujourd’hui, on préconise de diversifier par bloc de 2 à 3 ha (et non pas pied à pied). C’est le compromis entre la constitution d’un lot de bois commercialement intéressant (400 à 600 m3) et les exigences sanitaires. Ainsi, par exemple, un propriétaire d’une surface de 10 ha, peut installer, par bloc, 3 à 4 variétés de peuplier en fonction de la nature des sols.

 

L’avenir de la diversité variétale

 

La recherche et la populiculture progressent. De nouvelles variétés sont aujourd’hui testées dans notre région via le réseau d’expérimentation et d’autres le seront à l’avenir. On peut, par exemple, citer la nouvelle sélection belge ; Muur, Vesten, Oudenberg, Grimminge, Larcin, Culant, Bakkan et Skado. Les essais sont aujourd’hui prometteurs.

 

A4A

 

Blanc du poitou

 
La populiculture est en constante évolution. Elle tend à se complexifier en raison d’une diversité variétale croissante, des changements environnementaux aux conséquences incertaines, aux règlementations de plus en plus contraignantes… . Il est important de vous tenir informer de ces évolutions. N’hésitez pas à solliciter les organismes de la forêt privée pour les conseils et l’accompagnement.

 

Le peuplier est un arbre et un bois remarquable à bien des égards. Son pouvoir dénitrifiant et sa capacité à fixer rapidement le carbone font de lui un arbre dont l’impact environnemental est très positif. Son bois, matériau renouvelable, en partie destiné à la fabrication d’emballage se substitue aux matériaux plastiques issus de dérivés du pétrole. De plus, le peuplier est de plus en plus sollicité pour remplacer les bois exotiques souvent montrés du doigt. Sans aucun doute, le peuplier est un arbre d’avenir.

 

Bibliographie :

- Réseau Expérimentations Peuplier de la Forêt Française, E. Paillassa, 2000, Les cultivars de peupliers- 9 Fiches techniques (Pour en savoir plus : www.peuplierdefrance.org).

- CRPF Champagne-Ardenne, 2007, Le peuplier en Champagne Ardenne, 11 fiches techniques.

- CRPF Nord-Pas de Calais-Picardie, 2006, Le peuplier : un partenaire durable, 31 pages.

- Pinon J., Valadon A., 1997, Comportement des cultivars de peupliers commercialisables dans l’Union européenne vis-à-vis de quelques parasites majeurs, Ann. Sci. For. n°54, page 19 à 38.

- DSF, 2006, Les maladies des branches, de la tige et des racines des peupliers, Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, 5 pages.

- DSF, 2006, Les maladies foliaires des peupliers, Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, 5 pages.

- Van slijken J., Michiels B. et M. Steenackers, 2002, Les nouveaux clones de l’IBW, Bull. CPH 4-2002 pages 67 à 83.

- Michiels B., 2006, Nouveaux clones de l’IBW et perspectives pour le futur, Bull. CPH 2-2006 pages 11 à 15.